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De la formation à l’apprenance – Philippe Carré – Dunod 2020

Fiche de lecture de Jean Vanderspelden, consultant ITG Paris

Quinze ans après la publication du livre « Apprenance, un nouveau rapport au savoir », Philippe Carré nous propose, chez le même éditeur Dunod, dans la continuité et l’approfondissement « Pourquoi et comment les adultes apprennent ? », avec le sous-titre explicite : « De la Formation vers l’Apprenance ».

En posant et en rappelant l’Apprenance comme « une attitude individuelle et collective d’ouverture à toutes les opportunités d’apprendre[1] », l’auteur nous embarque dans un voyage fascinant et exigeant sur la complexité, la singularité et l’importance de l’acte d’apprendre (et donc de se former) dans chacune de nos vies. « Selon la signification du texte que j’ai tirée comme lecteur », pour nous inviter à ce voyage[2], l’auteur procède en plusieurs étapes.

Après quelques clarifications, il fait appel à une diversité et une richesse de références en sociologie, en psychologie et en psychopédagogie essentiellement, mais aussi, en philosophie, en économie, en neurologie, en démographie, et autres…. On écrit toujours seul, mais jamais dans les autres ; apprendre aussi ! Il s’agit de poser la multi-dimensionnalité de la problématique de l’émergence de l’Apprenance.

Puis, en travaillant sur un renversement fort de perspective, il nous fait partager les travaux de Léon, Lahire et Bandura, en les croisant. En particulier, il éclaire le modèle dit de la « Réciprocité causale triadique » de Bandura : personnels, environnementaux et comportementaux (page 109). Il présente ce modèle comme un cadre théorique intéressant pour installer le concept d’Apprenance. Je connaissais la théorie scientifique de la « Relativité restreinte », j’ai ici appris, en lisant, la notion « d’Agentivité limitée ».

Avec les dispositions (plus ou moins) favorables aux actes d’apprendre, Philippe Carré passe de l’autre côté du miroir et s’intéresse aux contextes d’apprentissage susceptibles de prendre en compte valablement l’Apprenance. L’Apprenance est un ensemble de dispositions cognitives (représentations, schèmes, opinions), affectives (émotions, affects, sentiments) et conatives (intentions, projets, orientation d’actions). Elle se traduit en une attitude pour agir, ou interagir, efficacement dans un environnement, un contexte, un milieu, des circonstances inégalement (et inévitablement et, des fois, déjà trop fortement) numérisés. Cela se passe avec des rencontres variablement fertiles et déterminantes et dans des dispositifs diversement ouverts. En particulier, il explore le vaste « continent englouti » des contextes informels et propose la notion de « contexte semi-formel » d’apprentissage en haute et rapide émergence. Ici déjà apparaissent, encore plus fort, hybridation, numérique, l’autoformation et la nouvelle liberté de l’apprenant dans ses dispositions personnelles, sociales et professionnelles (AFEST et les organisations apprenantes ou capacitantes, en autres). Il relève aussi quelques désillusions marquées par des injonctions paradoxales (cathédrale & bazar ou rationalisation & autonomisation) et une série de contrastes dont Formation (par autrui) et Apprentissage (par soi) ou Formation (top-down) et Apprenance (bottom-up) – en anglais dans le texte !

Notre expédition[3] nous amène aux pratiques de l’Apprenance ; sa dimension énactive en lien avec le triadique réciproque : entre contextes, dispositions, et toujours en situation. À partir d’une pluralité, de type « patchwork », de théories inter-mêlées, Philippe Carré dresse un panorama avec une matrice des multiples pratiques apprenantes. Cette matrice est constituée de quatre portes d’entrée, avec neuf situations d’apprentissage portées par trois modalités (page 205). Il s’agit de s’équiper pour mieux prendre en compte la diversité des réalités apprenantes de chaque personne plus ou moins régulées et facilitées : apprentissages intentionnels, incidents et implicites. Ces réalités s’exécutent avec la mise en tension continue et évolutive du vouloir, savoir et pouvoir apprendre.

À partir du chapitre V « Les contextes d’apprentissage », les écrits résonnent directement avec mon activité professionnelle : autoformation et autoapprentissage, associés à auto-détermination, autorégulation, autodirection, autoefficacité (même, autoproduction ou automédication), mais aussi EPA, numérique, multimodalité, accompagnement, facilitation, AFEST, etc… mais pas trop « FOAD[4] » qui, pour moi, assurerait en partie la transition douce entre Formation & Apprenance.

J’aime bien :
La possibilité de descendre de son vélo pour se regarder pédaler en vue d’élargir et fertiliser son champ de vision professionnel sur les apprentissages formels, informels ou semi-formels – Apprendre à apprendre ne concerne pas que les apprenants mais nous aussi les appreneurs ou les facilitateurs – L’accent sur le « Savoir apprendre » – L’idée d’apprendre à s’adapter ou s’adapter pour apprendre – La complexité et la singularité de l’acte d’apprendre – La posture humble, bienveillante, évolutive et exigeante de facilitateurs-trices – L’éclairage riche de l’autoformation, individuelle et collective, comme une modalité pleine et entière pour se former à condition, dans le champ de la formation continue qu’elle soit accompagnée de manière multimodale – Le lien avec le livre « Les APP ou l’autoformation en actes »[5] ouvrage collectif coordonné par P. Carré & M. Tétart, publié en 2003 (l’Harmattan). Philippe Carré cite ici les APP pages 170, 210 & 244 – La notion d’écologie de l’Apprenance & écosystème d’apprentissage pour tous[6], tout au long de nos vies – La mise en avant de la « Liberté d’apprendre » & de « l’Art de l’invitation à apprendre ».

Je m’interroge :
Si l’école est un espace irremplaçable de socialisation & d’éducation, creuset de notre république, on peut s’interroger pourquoi le ministère de l’EN (Éducation Nationale) reste aussi attaché à ce que P. Carré nomme, plusieurs fois, une forme de « tradition scolaro-centrée » des apprentissages. Selon moi, cette approche privilégie toujours, à tort, une verticalité dans l’organisation des écoles (au sens large), basée sur une logique de transmission dominante des savoirs plutôt qu’une vision plus souple de mise en activités des apprenants[7], porte d’entrée vers l’Apprenance. Cela donnerait de la liberté aux équipes et donc aux apprenants, pour plus d’implication et d’efficacité dans des bonnes rencontres ; répondre aux lourds enjeux sociétaux (#odd) avec plus d’intelligence collective.

Je recommande… vivement
Dans notre champ professionnel, l’Apprenance pourrait s’illustrer avec la formule suivante : « En formation, ce sont les stagiaires qui s’adaptent à l’offre de formation des OF (OPAC) ; dans une logique d’Apprenance, ce sont les acteurs concertés d’un territoire qui bâtissent et régulent des écosystèmes d’apprentissages pour répondre, au mieux, aux besoins en compétences sans cesse renouvelées, de chaque apprenant ». De B. Springsteen à P. Freire en passant par A. Bandura avec, de fait, un hommage à P. Caspar cité en conclusion de cet ouvrage.

https://www.dunod.com/sciences-humaines-et-sociales/pourquoi-et-comment-adultes-apprennent-formation-apprenance#
Merci d’avance pour vos éventuelles remarques en retour Ma bibliothèque professionnelle https://sites.google.com/site/jvdsconsultant/ressources/livres

[1] « Ensemble durable de dispositions favorables à l’acte d’apprendre dans toutes les situations formelles ou informelles, de manières expérientielle ou didactique, autodirigés ou non, intentionnelle ou fortuite. »

[2] Apprendre est un voyage, pas une destination. Association ATD / USA- Extrait page 48

[3] Il est bon de suivre sa pente, pourvu que ce soit en montant – A Gide – Extrait page 224

[4] Formation Ouverte et à Distance devenue avec la loi (sept 18) : action de Formation tout Ou en partie A Distance

[5] https://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=11118

[6] Autour de « Centre de Ressources de Proximité » que j’appellerais « Ateliers d’Autoformation Accompagnée ».

[7] Élève, collégien, lycéen, apprenti, étudiant, alternant, stagiaire, salarié, travailleur indépendant, bénévole, retraité & citoyen.

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